Le crépuscule des idoles (Hommage à F. Nietzsche)

 


 

Toi et moi sommes seuls à l’enterrement, mon cher Friedrich

A sourire au milieu de ces égarés en deuil

Sereins parmi tous ces gens qui pleurnichent

Nous les heureux, les peu nombreux, pas une larme à l’œil.

 

Dieu est mort, sans fleurs ni couronne, sans tambours ni trompettes

Alors bâtissons nous-mêmes les ponts pour franchir le fleuve de notre vie

Les vraies ténèbres sont posthumes, même pour Lui et ses prophètes

Les salariés surmenés du vide ont fui la cérémonie.

 

Plutôt vouloir le rien que ne rien vouloir

Reste avec nous, ne nous abandonne pas, frivolité

La loi du devenir est la seule justice à pouvoir

Nous faire voir le monde comme volonté.

 

Tous ces diplômés de l’école du soupçon,

Avec leur idéalisme comme insincérité devenue instinct,

Ont fabriqué l’éponge avec laquelle ils effacent l’horizon

L’église était le tombeau de Dieu où il s’est éteint.

 

Il faut porter en soi le chaos pour mettre au monde une étoile dansante

Une conscience nouvelle pour les vérités restées muettes

Nous avons perdu trop de temps à fuir ce qui nous enchante

Cette béatitude que toi Friedrich tu nommes « seligkeit ».

 

Pourquoi personne avant nous n’avait-il songé

A habiter le destin dans la douleur du cosmos

A abolir ces arcs-en-ciel mensongers

Et considérer la vérité comme la victoire d’un jugement précoce ?

 

Pour agir il faut être obnubilé par l’illusion

Notre providence personnelle prend l’apparence pour porte-parole

Et l’esthétique comme seul motif de justification :

Depuis l’aube des temps l’Homme attendait le crépuscule des idoles…

 

Nous constatons incrédules que le désert s’accroît

Dans la fertilité de la douleur, le hasard est devenu nécessité

Que chacun trace son chemin et porte sa croix,

Par carence d’imagination nous avons assez gaspillé notre humanité !

 

Dieu est mort, alors soignons la tristesse par le rire

Rien ne s’arrêtera de tourner, la terre sera toujours ronde

Adviendra un jour le Surhomme, celui qui accepte de périr

Il nous appartient désormais de gouverner le monde…

 

   

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