Cimetière marin

 


 

Ah que n’ai-je pas vécu

Avant tous ces poètes faux-culs

Qui sous le futile prétexte

Avant moi d’être nés

M’ont pris tous mes textes

Et toutes mes idées !

 

Par Coluche et Renaud, ces truands

Je m’suis fait chourave mon vocabulaire

Mon romantisme par Lamartine et Bruand

Et mon spleen par Charles Baudelaire

 

Rimbaud m’a fauché mon idéal

Mes rêves de bohème solitaire

Qu’il est dur d’être original

Au crépuscule du second millénaire !

 

Tant d’autres se sont creusé la tête

Alors moi le chanteur superflu je répète

Je suis né bien trop tard

Moi le poète de l’inutile guitare.

 

Tout a été dit bien mieux que par moi

Par des tas de poètes de choix

Imaginez si j’ai l’air malin

De vouloir aujourd’hui moi aussi mon cimetière marin.

 

Avec mes maîtres chéris

Brassens et Paul Valéry

Loin de moi l’idée de rivaliser

Mes vers ne sont là que pour acquiescer

 

Sur vous je renchéris sans ambages

Seulement je ne veux pas mon tombeau

Sur une crête ou sur une plage,

Mais sur une île, entouré d’eau.

 

En plein milieu des tempêtes et des marées

Au cœur de l’océan Atlantique

A côté duquel votre Méditerranée

Fait figure de paralytique

 

A Molène ou à Ouessant nom de nom

Mais si possible loin du lieu des naufrages

Je ne voudrais pas, ce serait dommage,

Tâcher mon beau linceul de goudron.

 

Je voudrais un joyeux enterrement

Qu’on entende les accords de jazz

De Brest à la Pointe du Raz

Mourir en somme dans un style Nouvelle Orléans

 

N’allez pas me porter malheur

En mettant sur ma dernière demeure une croix

Je ne suis pas non plus sensible aux fleurs

Je vous le dis de vive voix.

 

Non, mais arrêtez, c’est une idée fixe,

Je vous dis que vous allez me porter la guigne

Otez de là ce foutu crucifix

Plantez-y plutôt quelques ceps de vigne.

 

Sur les raisins joignez les mains, pas pour une prière

Mais pour en presser un peu le jus

Et plaise à Dieu qu’à travers la terre

Il me coule dessus.

 

Plantez aussi tant que vous y êtes

Quelques plans de pastis

Que le mélange avec l’eau des tempêtes

Vienne me mettre en lice

 

A la rigueur quelques plants de houblon

Lorsque vous viendrez pour l’ultime révérence

Je ne suis pas snob, mais je veux du bon

Des Pères Trappistes de préférence.

 

Et si vous voyez de la fumée sortir de terre

N’allez pas croire que je rôtis dans les feux de l’enfer

Braves badauds n’ayez aucune crainte,

C’est que ma pipe sera mal éteinte.

 

Toi ma douce, ma mie, sèche tes yeux

Ne sois pas en peine de me mettre en terre

Rien ne pouvait au demeurant me rendre plus heureux

Que d’être mis en bière

 

Non, non, pitié pas de chrysanthèmes

L’enterrement serait trop morose

Laissez-moi fleurir moi-même

Ma tombe avec cirrhose

 

Pauvre curé dans ta soutane

Te fatigue pas pour le repos de mon âme

Je n’ai pas beaucoup de respect pour ton costume

Et je doute fort que mon âme aille aux cieux

Te vexe pas si je suis incapable d’ouvrir les yeux,

Mais je suis en état d’ébriété posthume.

 

 

 

 

 

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