Jeunesse
Depuis bien des lustres, avant même que je naisse
J’étais je crois nostalgique du bonheur amniotique
J’embellissais le monde à la bière dans ma jeunesse
L’insouciance juvénile se passe d’anxiolytiques
Toute naissance est un chemin tortueux vers le purgatoire
Loin de l’Eden, du paradis perdu des embryons
La jeunesse, cette saison veuve de mémoire
Bientôt plus lourde des regrets de rêves en haillons
Il y avait le fossé des générations
Qu’on enjambait d’un bond leste et ingénu
Et le talus austère des conventions
Qu’on escaladait à mains écorchées et nues
J’invoque sans regret mes fautes de jeunesse
Et je si me trompe encore par habitude
Je bénis mes erreurs comme un recul de la vieillesse
Je lance un plaidoyer pour les méandres de l’incertitude
Je plains les gens infaillibles et sûrs
Qui jamais sur rien ne s’interrogent
Le crépuscule a les couleurs de mes blessures
Cent fois par jour je remets mes convictions sur la forge
Et puisque je sais l’immortalité inaccessible
Que me survivent alors mes faux pas sur la route
Que mon inconscience soit immarcescible
Qu’on se rappelle de moi pour mes doutes
J’ai finalement atteint l’âge d’oraison
Le temps impitoyable ne m’a fait aucune largesse
Les fleurs des ans arrivent à leur fenaison
Je n’ai amassé ni fortune ni sagesse
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