La passante du sans-sourcils
Je sortais d’une banque que je n’avais même pas cambriolée
Compte à sec, même pas pu faire un retrait express
T’as sorti ta jolie silhouette d’un vieux cabriolet
J’ai pas pu m’empêcher de regarder tes fesses
T’as traversé la rue vers le troquet et sa terrasse
J’avais rien de mieux à faire, je t’ai suivie
Prenant une table où je pouvais te voir de face
J’ai commandé un café dont je n’avais aucune envie
T’as ôté ton bonnet de laine rose et mauve
Tu ressemblais à Sinead O’Connor
La tête rasée, complètement chauve
Avais-tu été brune, rousse ou casque d’or ?
Avec un sourire éclatant tu m’as demandé du feu
Ta main effleurant la mienne pour prendre le briquet
Un peu tremblante, il faisait vraiment frisquet
La gêne ou l’émotion m’ont fait baisser les yeux
Tes pas étaient déjà mourants, vers la descente
Tes sourcils remplacés par un trait tatoué
Dernier garde-barrière de ta beauté évanescente
Ta voix d’avoir trop fumé était enrouée
Je me suis demandé si t’avais un mari, des mioches
Si t’aimais le cinéma, et quel genre de films
S’il y avait une justice le cancer ne s’en prendrait qu’aux moches
Quel dieu assassin de la beauté pouvait laisser faire un tel crime ?
Ta voix résistait telle la sentinelle des joies éteintes
Comme le berger de tes illusions vaines
Ta silhouette a habillé mes yeux d’une furtive étreinte
Effaçant les siècles écorchés par la mort et son haleine
Il y avait dans ton regard tous les courages
Et tellement de jardins exotiques sur ton visage
La force des gens qui se battent encore
Et sur tes lèvres la vie et ses métaphores
Un jour tu ne liras plus le ciel et ses lueurs
Et les nuits ne déborderont plus de tes yeux
Tes mains seront trop faibles pour cueillir les fleurs
Qui faisaient barrage aux larmes des amoureux
Si j’avais été moins vieux ou toi pas si jeune
Je t’aurais fait le coup du « Tu veux qu’on déjeune ? »
J’t’aurais invitée à partager un café ou un thé
Ou les quelques mois qu'il te restait...
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