Le prof et le disciple

 


 

J’hésitais à labourer ton innocence

Pour y semer une pseudo-sagesse sélective

T’expliquer le monde, lui donner un sens

Sous le futile prétexte de te préparer à la vie active

 

Curieux de choses, tu voulais tout connaître

Les vérités cachées, les faux semblants, le paraître

Tu voulais appartenir à l’avenir

Comme la marionnette au fil qui la tire

 

Tu avais l’âge où chaque homme est une âme sœur

Je souriais de ton enthousiasme crédule

Je ne pouvais te décourager d’apprendre, moi ton professeur

Mais à faire de toi un pion, j’avais des scrupules.

 

Le bagage intellectuel alourdit plus qu’il n’allège

On a le cœur lourd à trop comprendre

Ce voyage clandestin vers la connaissance fut un privilège

La confrontation de mes rides et de ton cœur tendre.

 

J’admirais en toi, un peu envieux, cette force

Moi qui n’avais eu que des élans inentamés

Toi la jeune pousse, moi le vieux chêne prisonnier de l’écorce

Mais nous étions des maillons de cette chaîne momentanée.

 

De mon mieux j’ai essayé de te paver la route

En te dévoilant les intrigues et l’envers du décor

Juste assez pour que tu doutes

Pas trop pour que tu y croies encore.

 

Bien sûr il y a l’école

Et le savoir des livres

Mais garde en toi le frivole

Et n’en oublie pas de vivre.

 

Approprie-toi la planète

Et si tu fais de ce monde un horizon plus rose

Je me consolerai peut-être

En me disant que j’y suis un peu pour quelque chose…

 

 

 

 

 

 

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