Les pleurs du mâle : les yeux en trou d’spleen (au grand Charles Baudelaire)
Un matin bâtard je me suis levé débonnaire
Le jour ornait la robe de la nuit d’une frange de dentelle érubescente
L’obscurité émiettée s’en allait sur la pointe des pieds à bouts de nerfs
Comme un cambrioleur bredouille n’ayant dérobé que l’épouvante.
La clarté, ressuscitée après un passage au purgatoire des ténèbres,
N’éclaire pas encore les aspérités d’une journée qui espère,
Découpant mes cauchemars en rondelles digérables le long des vertèbres.
La douleur ne déviera pas sa trajectoire de mes impairs :
C’est à mon cœur de changer d’orbite.
J’habite mon chagrin en locataire nomade
Souverain fantoche d’un royaume qui empire vite
Point de dictame pour me servir de pommade.
Aucun casse-croute à contribuer à l’auberge espagnole du bonheur
Je n’ai que mon sommeil à offrir à cette Ibère nation
Ma clinophilie est moquée comme délit majeur :
Au pilori de la torture je tends l’autre joug avec soumission
Mes pleurs en cascade comme la fontaine deviennent affables
La diaspora des menues joies s’étiole dans un exode tortueux
Ma joie de contrebande n’a pu franchir la frontière de la lucidité acceptable
Au fil des larmes mon visage devient étanche et tatoué d’aveux.
Pourtant parfois j’imagine le plaisir du bout des lèvres :
Un baiser pour faire reculer l’agonie qui me ronge
Le propre de l’humain n’est pas le rire mais le rêve
Qu’on le veuille ou non, l’homme descend du songe.
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