Avec le cœur pour boussole
Homme de sable et d’espoir
Avec le cœur pour boussole
N’attends pas de l’air du soir
Que des peines du jour il te console
Ne voyage jamais sous un ciel sans étoiles
Derrière la dune tu trouveras une autre dune
Et sous tes paupières aucun soleil
Derrière le berceau nocturne de la lune
De tes larmes infertiles tu chercheras à enfanter
La rosée de l’aurore
Où se reflètent les visages aimés
Et les paysages familiers
Auxquels du donnes l’accolade de la trahison
Décolorés par les lueurs de ton rire
Derrière tes dents en barreaux de prison
Quand tu savais encore rire
Quand se nourrir de cailloux était une possibilité
Quand le ciel était synonyme d’éternité
Quand l’herbe à chameaux ralentissait la chute
Et que la nuit absorbait l’écho des pleurs
Et du ventre qui crie famine
C’était avant l’heure
L’heure de la basse besogne
L’heure de la déchirure
L’heure du départ à rebrousse-poil des cigognes
Et l’amputation de ta progéniture
L’heure d’enfouir ton héritage
Sous la souche d’un palmier mort de soif
L’heure de confier tes semelles aux vents
Pour un radeau de brindilles
Un esquif rempli de l’air
Que la peur a confisqué à tes poumons
Vérifier que Dieu existe
Ou l’inventer le temps de la traversée
Un chapelet pour tout gilet de sauvetage
Parfois la foi a ses avantages
Pour finalement buter sur l’obstacle de la peau
Et la barrière de la langue
Et le mur du son dont tu comprends les insultes
Et la clôture autour du rêve barricadé
Funambule sur le fil de l’espoir barbelé
Pour découvrir que l’asphalte est aussi indigeste que le sable
Mais bien moins confortable
C’est la même misère
Mais solitaire
La même friche
Mais à l’ombre des riches
Et comprendre que l’ailleurs était possible
Et pourtant inaccessible…
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