Ode à l’enfant-cible

 


 

Avec mes joues de ciment j’étais l’enfant-balançoire

Roi de la feinte et de l’esquive

J’ai brisé des phalanges sur mes dents d’ivoire

C’était ma raison de survivre

 

J’étais l’enfant-ballon dans la poussière

Encaissant les coups de pied, pour marquer quel but ?

L’enfant-héros involontaire qui se relève fier

L’enfant-casque, mains sur la tête pendant la lutte

 

J’étais l’enfant-arc-en-ciel de bleus et de rouge

L’enfant-tanière par peur de l’orage qui gronde

L’enfant-statue qui se méfie de tout ce qui bouge

L’enfant-source qui dissimile et noie ses larmes dans l’onde

 

Elève de l’école de la vie où il n’y avait pas de dimanche

L’enfant-bouclier qui affronte le centurion

L’enfant-sentinelle qui guette le ceinturon

Quand le cuir quitte les hanches, il devient arme blanche

 

J’étais le premier chrétien dans les arènes de Rome

Gladiateur bénévole moi qui préférais les sages de la Grèce

Ils enseignent en saignant, pour devenir un homme

Je compensais le manque de force par mon adresse

 

J’étais l’enfant-mendiant

Qui ne réclamait aucune richesse

Ni or ni diamants

Joue tendue pour une caresse

 

J’étais l’enfant-étagère derrière un rempart de livres

Dévorant du papier pour calmer sa rage

Cherchant dans les contes une autre façon de vivre

J’ai changé l’histoire, mais pas tourné la page

 

J’étais l’enfant-fardeau qui se sentait enclume

L’enfant-oiseau qui s’est envolé du nid

L’enfant-rêve qui n’en a gardé qu’une plume

Pour orner ses cicatrices de tatouages et décalcomanies

 

Tu as fait de moi un colosse aux pieds d’argile

Mais je n’étais qu’un enfant, juste un enfant

Alors aujourd’hui pour rattraper le temps

J’ose vivre enfin ma vie de gosse fragile

 

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