Otage des vents
Là où l’indignation récuse la jeunesse du territoire,
La chevelure des frontières écorche le voyageur
Otage des vents, illusoire passager des flots.
Le paysage nocturne, bercé en tous points cardinaux
Par la même nuit, accorde à la lune et ses lueurs
Quelques minutes de répit conciliatoire.
Un masque de fatigue dissimule sa peur
Car l’aube est promesse d’épouvante.
La pluie est une volupté éphémère
Qui assoupli son oreiller de terre,
Elle a des vertus désaltérantes
Et l’orage est complice de sa sueur,
Dissimulant aux sentinelles l’écho de ses pas.
L’amertume chuchote à sa chair un désenchantement
Pourtant il est citoyen de l’herbe qu’il foule
La complicité de l’océan l’a gracié de sa houle
La rivière saigne par compassion, lui offrant un pansement
Des divinités inconnues lui ont épargné un charitable trépas.
Il cisaille les lignes noires qui insultent l’horizon
On dirait une partition ou les cordes d’une harpe macabre
Mais leurs dents interpellent sa chair et ligotent son avenir.
N’ayant pas honte de qui il est, mais fier de ce qu’il va devenir,
Il confie le crime de ses semelles à l’alibi des arbres.
Des lanternes sur échasses aveuglent son ambition.
Un chien aboie, des mains galonnées le malmènent :
Sa mélodie souffre d’un arrêt majeur pour violation du sol.
Mais il ne comprend pas en quoi son voyage est un crime,
Pas plus que les nuages ne troublent la pureté des cimes.
Il jure qu’il est prophète du songe, il montre son auréole
La réponse est un blasphème, on le couvre de chaînes.
Dans un fourgon on le reconduit sur ses pas,
Lui assurant qu’il n’a pas sa place ici
Qu’il retourne vers ce pays qu’il n’aurait jamais dû fuir.
Il proteste, il a échappé à la guerre, aux champs de Tyr
En pèlerinage sur la route d’une princesse de Phénicie
Fille d’Agénor, comme votre continent elle s’appelait… Europa.
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