Pourquoi j’écris, pourquoi je crie
J’écris comme un volcan qui éructe de colère
Comme une colline qui ondule
Comme un matin qui éclaire
Comme une nuit qui dissimule
J’écris comme un lampadaire cherchant la réverbération
Comme un cancre cherchant l’inspiration
Poète prosaïque
P(r)oseur poétique
Comme un intermittent de la débâcle
Un passager cynique du spectacle
Comme un desperado qui brandit son flingue
Un désespéré que le monde rend dingue
J’écris mielleusement comme une abeille à la ruche
Maladroitement comme un enfant qui trébuche
J’écris comme un médecin son diagnostic
Pour que l’homme se rappelle qu’il a été préhistorique
Pour exister
Pour résister
J’écris des mensonges prétendant que tout m’est égal
Comme tous les poètes à la recherche de la grâce et du graal
Pour rattraper par la main l’enfant que je fus
Pour célébrer les dons, se consoler des refus
J’écris pour honorer hier et pronostiquer demain
Des poisons ma plume fabrique l’antidote
Parce que je ne sais rien faire de mes mains
Parce que toute existence est une anecdote
J’écris comme le puisatier de mes égouts
Comme parfumeur de mes dégoûts
J’écris pour proscrire mes fantômes
Avec la prétention d’éduquer les hommes
Comme un paysan veut semer et sarcler
Comme un fugitif pour se desencercler
J’écris pour remodeler le monde dans la glaise
Pour corriger Dieu des erreurs de la Genèse
Pour supporter mes peurs et mes défaillances
Pour décorer le paysage comme une assiette de faïence
Pour ressusciter la mémoire et faire reculer l’oubli
Ou au contraire ensevelir les souvenirs sous les éboulis
J’écris sur la vitre du bout du doigt dans la buée
Pour célébrer l’éphémère et y contribuer
Des mots lourds de sens comme des ancrages
Avec des phrases rugueuses pour cordage
Des mots légers pour s’envoler à tire d’aile
Avec des couplets d’osier pour nacelle
J’écris comme un contrebandier des mots clandestins
Pour abolir les frontières, me dédouaner de mon destin
J’écris comme un Virgile de supermarché
Comme un Homère orphelin
Pour lâcher prise, pour débrancher
Avec la lourdeur de l’éléphant enviant la grâce du félin
Pour vaincre mes réticences
Pour entrer en résistance
J’écris pour désarticuler les énigmes comme un philosophe
Cherchant des vérités ésotériques comme un théosophe
Pour ériger des barricades contre des dictatures
Moquer le grotesque avec désinvolture
J’écris comme une boussole dans un labyrinthe
Comme un païen respectueux des écritures saintes
J’écris pacifiquement contre les généraux
Je célèbre les déserteurs courageux
J’écris admiratif des généreux
Ce sont mes seuls vrais héros
J’écris comme un cambrioleur dérobant des émotions
Comme un chercheur avide de solutions
Parfois poète engagé
J’écris mes combats pour vaincre
Souvent marin naufragé
J’écris surtout pour me convaincre
Comme seul témoin de mon documentaire
Parce que je suis incapable de me taire
Des vers terre à terre, pédestres
Dans le sens de la marche, comptant mes pieds
Des vers aériens et célestes
Planant comme un albatros de papier
Des vers luisants pour éclairer le monde
J’écris comme l’éclair pour vivre une seconde
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