Migrant mi- petit

 

 

Tu te reposes sous un palmier dont les mitraillettes ont déchiré l’écorce

En guise d’oreiller un baluchon dans une couverture grise

Serrant la main d’un enfant gisant en haillons, à bout de forces

Tu protèges son visage en déchirant un pan de ton unique chemise.

 

Avec pour tout bagage un éclair lumineux de mémoire

Et le poids des rêves de paix dont tu as fait le deuil

Marchant vers des ailleurs meilleurs auxquels tu veux croire

Par-delà la mer et l’horizon vers une terre d’accueil.

 

Tu es venu partager l’inquiétude du monde pour ne pas qu’il s’efface

Dire l’impossible moisson des blés dans les décombres

Sous les bombes laisser un témoignage, une trace

Autre que celle de tes semelles sous les arcs-en-ciel sombres.

 

Des fragments de vie sous la poussière de tes godasses

Obscur objet du désert, cimetière ensevelissant même les ombres

Tu fais à l’envers, le fuyant comme la lèpre, ton chemin de Damas

Enjambant les sépultures anonymes dispersées en nombre.

 

Tes pas tricotent le fil de tes souvenirs

Avec les barbelés qui longent la route

Petit à petit, poussé, tu sèmes des sanglots, espérant revenir

Ils s’évaporent au soleil meurtrier d’un printemps qui doute.

 

Il te faudra trébucher sur des frontières

Etancher ta soif au purgatoire des tempêtes qui te narguent

Confier, médusé,  ta peur aux aléas d’un radeau de misère

Un vague espoir de survie livré au désespoir des vagues

 

Il y aura de quoi devenir fou à demander l’asile

Toi qui voyais l’Europe comme une auberge espagnole

Il n’y a que des sièges éjectables dans le vestibule de l’exil

Depuis longtemps la charité chrétienne a brûlé ses idoles.

 

Alors viens, frère, t’abreuver à la chaleur de mes paumes

Je suis si pauvre que je ne puis te nourrir

Je ne peux qu’étreindre ta dignité d’homme

T’offrir en partage un menu sourire

 

Ton fils grandira vers un avenir moins hypothétique

L’école de la République lui fera franchir tous les murs d’Hadrien

Il fera peut-être HEC, les mines ou Polytechnique

Sans oublier d’où il vient, allaité par un sein syrien.

 

 

 

 

 

 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Visage

Dernière frontière

Gouérou