Pays perdu
J’habitais un pays qui m’a chassé
Il n’y a pas marqué sur mes papiers d’identité
Le nombre de pas qui me séparent de lui
J’ai marché comme une étoile
Qui se cogne le front contre la nuit
La chair déchirée par les barbelés du temps
Je me suis terré dans un trou pour me faire oublier
Comme un grillon sifflant sa peur,
Un campagnol voleur de fruits
J’ai menti, pas par vice
Mais dans l’espoir vain de nier la réalité
D’inventer une école buissonnière
Où je n’aurais pas de bonnet d’âne
Déraciné, je pleure ma terre natale et ses ciels en cascade
Où repose le souvenir de mes parents
Mes poches sont des sépultures
Où mes mains ne sont pas les bienvenues
Le vois-tu, ce pays blotti dans ma prunelle
A l’ombre de mes paupières lourdes
Enfoui sous les décombres et les ruines charnelles ?
J’ai migré comme les cigognes
Et j’ai perdu le chemin du retour vers l’été
J’habite un exil à l’hymne mélancolique
Que je me refuse à chanter
L’exode m’entraîne comme un débris au fil du ruisseau
Vers une destination que je récuse
D’un voyage que je n’ai pas choisi
Ma peau se souvient du sable des plages,
Des fleurs d’amandiers, des senteurs d’oliviers
J’étais heureux, dans ce pays qui m’a chassé
Ce pays lointain sans frontières où tous les rêves étaient permis
Ce pays que les hommes appellent l’enfance.
Commentaires
Enregistrer un commentaire