Une saison sans s’en faire (à Arthur R.)
Face à l’adversité je ne cherche pas de dogme pour carapace
Je me persuade que seul je peux tenir le choc :
J’ai fui les églises et leurs galères équivoques
Je vous laisse les étoiles si vous m’offrez leur trajectoire :
Le chemin parcouru m’importe plus que la gloire
Je suis avide de plénitude
Et fuis vos opinions :
L’avis c’est la mort… de l’incertitude
Je n’ai sur rue aucun pignon
Quelle déception que d’avoir raison :
C’est renoncer à explorer derrière l’horizon !
II
La croyance est une imposture en sursis
Si ma vie s’avère décousue, point de raccourci
Je ne compte pas sur Dieu pour les retouches
Il est coutumier des désastres, pas couturier des astres
Je n’attends pas de miracles sortis de sa bouche
Prostré dans des parfums d’encens parmi les statues d’albâtre.
Depuis le péché originel, je me méfie des pommes et des couleuvres
Je ne le vois pas en chaire comme un infaillible tribun
Ce n’est pas lui l’artiste qui donne un sens à son œuvre
C’est les spectateurs qui s’efforcent d’en trouver un.
III
J’ai donné congé à ces extravagances
Pour me faire autodidacte de la simplicité
Je désapprends le tracé de la route au profit de mes errances
La boussole et le compas sont nuisibles à mon excentricité.
J’ai déserté les toujours pour le presque
J’ai renoncé à l’absolu pour le pittoresque
Quoi de plus courageux que de vivre indécis
De plus noble que de voguer au caprice des péripéties ?
Je ne me confesse pas devant des larbins implorant leur indulgence,
C’est moi qui refuse à Dieu mon pardon pour ses outrances :
Guerres, crimes : il laisse verser en son nom tant d’hémoglobine
Moi j’ai le courage d’assumer les cibles de ma carabine
Je n’invoque pas pour me servir d’alibi le nom de ce saigneur
Je me contente de vivre sous un ciel sans aiguilleur.
IV
Aux illusions gravides je substitue un avenir nullipare
Je renonce au paradis comme nouveau départ
Je ne me justifie pas, tel une péniche se cherchant des écluses
J’affronte les tempêtes avec ma conscience comme gouvernail
La mauvaise foi ne se propage que si l’on en abuse
Je commande et j’exécute mes propres batailles
J’ai juste ce qu’il faut, aux limites de la témérité
Pour oser refuser la révélation sans mérite d’une vérité
Mes rêves se satisfont de leur immanence
Je ne lève pas les yeux aux cieux pour leur trouver un sens
J’accueille les tourments et les épreuves âcres
Sans l’artifice des liturgies qui les diaprent
Si vraiment Dieu avait voulu les hommes frères
A quoi bon ces destins éparpillés à l’ombre des frontières ?
La poésie de l’existence se compose-t-elle en chemin ?
Pèlerin de moi-même, je rédige seul mon parchemin.
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