Parisienne estivale


 

Ses jambes sur les galets balancent comme des roseaux,

Longues et dorées elles balbutient et hésitent.

Leur ombre dessine une acropole dans les flaques d’eau,

Elle hait leur décadence et se plaint de leur cellulite

Qui trahit leur âge en petit creux qu’elle ne trouve pas beaux.

Je n’y vois que nids douillets où logent mes mots d’amour troglodytes.

Les vagues lèchent ses hanches, le sel mord ses cuisses,

Le soleil pudique camouffle son regard lubrique derrière un nuage,

Le vent retient son souffle, de désir les rochers gémissent,

Le sable ébahi éparpille ses grains sur son passage.

Les algues se penchent comme les blés sous la faucheuse

Dans l’espoir vain de frôler sa peau d’ambre.

Un morceau de bois flotté nage à contre-courant sur la mer houleuse

Le mois de juin est terrassé par juillet qui n’en peut plus d’attendre.

La dérive des continents s’accélère inexorablement

Car Outre-Atlantique les côtes désirent se rapprocher d’elle ;

Un crabe choisit de rater la marée et se dessèche lentement,

Les banquises fondent et cela ne doit rien au soleil.

Un arrêt cardiaque frappe de jalousie une vielle anglaise

L’ouragan dépose un parasol curieux venu droit d’Espagne

Un hollandais au volant de son camping-car tombe de la falaise

Tandis qu’une brise taquine soulève les pans de son pagne.

Elle s’allonge nonchalamment sur sa serviette

Je damnerais mon âme pour être ce tissu d’éponge

Devant ses seins nus la voix des goélands se fait muette

Nos yeux se croisent, mon regard vacille et mon cœur plonge.

Je suis revenu souvent dans cette crique finistérienne

L’hiver elle est grise et sent le goémon

Ici et là plane encore le spectre de cette belle parisienne

Qui étreint mon souvenir ému d’un délicieux frisson.

 

 

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