La ville ne fait pas de quartier
J’aime cette ville au parfum de sang
Où toutes les nuits sont à vendre
Ici pas de place pour les innocents
Même l’amour a un goût de cendres
Le caniveau joue au fleuve de latrines
Où les requins chassent la murène
On expose la crasse en vitrine
Sur les trottoirs pousse la gangrène
Sans cesse inventer la physionomie
Des avenirs consumés de provisoire
Il n’y a pas de visage ami
A la lueur des soleils noirs
Aucun touriste ne déambule
Dans les dédales de hasard
La vie est couleur crépuscule
Le bonheur mieux caché qu’un maquisard
J’ai jamais su tirer les ficelles des anges
Dans l’espoir d’en faire des cerfs-volants
J’ai cultivé le bizarre et l’étrange
Pour faire mon nid dedans
Entre fêlures et brulures
Entre les failles et le feu
Je lèche mes blessures
Du mieux que je peux
Et cette ville me comprend
Qui ne m’a jamais rien donné
C’est à elle que mes parents
M’ont un jour abandonné
Vous avez voulu me noyer, mais j’ai bu le fleuve
Vous avez voulu me brûler, j’ai prié pour qu’il pleuve
Vous avez voulu me briser, j’ai plié comme l’osier
Vous m’avez planté là, mais j’ai fleuri comme un rosier.
Et la ville fut ma famille d’accueil
Comme je fus sa victime
M’a appris à naviguer les écueils
Complice et alibi de mes crimes
Ici tout trajet est embuscade
Les rues n’aiment pas les flâneurs
Chaque sortie est une cascade
Pas d’exception pour les mineurs
Aux orphelins de la tendresse
Qu’elle berce d’un sourd murmure
Elle offre pour toute caresse
Le barbelé de ses écorchures
Pourtant je l’aime cette ville carnivore
Avec ses bouquets de rêves inassouvis
Elle est ma seule famille, jusqu’à la mort
Et tellement moins dangereuse que la vie…
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